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Un jardin sec où le gravier figure la mer, une cascade qui alimente un étang, des pins taillés avec une précision d'orfèvre : le jardin japonais d'Ichikawa, à Issy-les-Moulineaux, tient plus du voyage immobile que de la simple promenade. Ouvert en 2016 dans l'ancien Fort d'Issy, ce site de 500 m² est né d'un partenariat entre la ville française et sa jumelle Ichikawa, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Tokyo. L'entrée est libre, et le dépaysement, immédiat.
Comment ce jardin est-il né d'une amitié franco-japonaise ?
La collaboration entre Issy-les-Moulineaux et Ichikawa ne date pas d'hier. Dès 2008, les deux villes nouent des échanges culturels et sportifs. Ce lien débouche sur un projet concret : créer un jardin japonais authentique en Île-de-France. Des paysagistes, des jardiniers et des techniciens des deux pays travaillent ensemble. Les maîtres-jardiniers d'Ichikawa se déplacent plusieurs fois sur place pour former leurs homologues français et veiller à ce que l'esprit nippon imprègne chaque recoin. Le résultat ouvre ses portes en 2016, même si certaines sources mentionnent une inauguration dès 2014. Ce qui est certain, c'est que le site est aujourd'hui entretenu conjointement par la ville d'Issy-les-Moulineaux et Grand Paris Seine Ouest (GPSO).

Quels éléments composent ce jardin zen ?
Chaque détail a été pensé pour raconter une histoire. Le jardin d'Ichikawa s'articule autour de la philosophie du temps, mêlant la montagne et la mer dans un espace réduit.
Le jardin sec et ses symboles
Le karesensui, ou jardin sec, constitue le cœur du lieu. Les pierres d'ornement, appelées keiseki, y figurent le sol et la montagne. Le gravier ratissé évoque la mer. L'eau, absente physiquement dans cette partie, est suggérée par la cascade Nagaré qui coule jusqu'à un étang ike et une plage de galets suhama. Ce jeu entre le minéral et le végétal rappelle que la vie renaît sans cesse.
Les éléments iconiques du jardin japonais
Plusieurs éléments traditionnels ponctuent la promenade. On trouve :
- des lanternes japonaises toro, typiques des allées de temples
- un tsukubai, petit bassin creusé dans la pierre où les visiteurs se purifiaient les mains avant une cérémonie
- une tonnelle en bois azumaya, symbole de repos et de paix
Ces objets ne sont pas décoratifs : ils guident le regard et rythment la déambulation.
Une végétation choisie pour ses significations
Les essences végétales ne doivent rien au hasard. Les azalées Satsuki forment des bosquets denses. Les pins taillés symbolisent la longévité. Et le cerisier japonais, qui fleurit au printemps, rappelle le caractère éphémère de la nature. En avril, ses fleurs attirent les visiteurs ; en mai, ce sont les iris jaunes qui colorent les berges de l'étang.
Comment le jardin est-il entretenu pour rester authentique ?
Un jardin japonais ne se contente pas d'être planté : il se taille, se sculpte et se surveille. L'entretien du site d'Ichikawa suit des techniques précises, loin du simple débroussaillage.
La taille en transparence, une technique clé
Contrairement au jardin à la française, qui se dévoile d'un seul regard, le jardin japonais se découvre progressivement. La technique de taille appelée sukashi consiste à éclaircir le feuillage pour voir « à travers » l'arbre. Le tronc et les branches principales restent visibles, créant des jeux d'ombre et de lumière. L'objectif est de dégager l'espace sans le dénuder.

Une structure végétale à étagements
Le jardin est organisé en strates : les buissons bas au sol, les arbustes au-dessus, et les grands pins qui dominent l'ensemble. L'air et la lumière doivent circuler entre ces niveaux. Chaque taille vise à maintenir cet équilibre.
Des experts japonais présents chaque année
Les jardiniers de GPSO ne travaillent pas seuls. Début 2023, puis en janvier 2025, trois spécialistes sont intervenus sur place : Joseph Grimaldi et Jérémy Venier, respectivement président et vice-président de l'Association française du jardin japonais (AFJJ), et Masao Sone, maître-jardinier de Kyoto. Ensemble, ils ont procédé à la taille hivernale de l'ensemble du jardin. L'hiver est privilégié car les arbres sont en repos végétatif, ce qui permet une meilleure cicatrisation. Sans feuillage, la structure des branches est aussi plus lisible, garantissant une coupe précise.
Une nouvelle intervention est prévue en mai pour la taille des chandelles, afin de guider la croissance des jeunes pousses et renforcer l'harmonie du jardin. Cette séance sera ouverte au public.
Quand visiter le jardin d'Ichikawa et comment s'y rendre ?
Le jardin est accessible toute l'année, mais les horaires changent selon la saison. Voici un tableau récapitulatif :
| Période | Horaires d'ouverture |
|---|---|
| Mai à août | 9h – 20h30 |
| Avril et septembre | 9h – 19h30 |
| Octobre à mars | 9h – 18h30 |
Pour vous y rendre :
- En RER C : direction Versailles Château Rive Gauche, descendre à la station « Issy », puis 20 minutes de marche par l'allée Vauban.
- En métro : ligne 12, terminus « Mairie d'Issy », puis 25 minutes de marche environ.
Adresse : Promenade du Verger, 92130 Issy-les-Moulineaux. L'entrée est gratuite.
Pourquoi ce jardin vaut-il le détour, et pour qui ?
Le jardin d'Ichikawa n'est pas un parc d'attractions ni un décor de carte postale. C'est un lieu de méditation et de contemplation, où chaque pierre, chaque branche, chaque reflet dans l'eau a été pensé pour apaiser l'esprit. Il convient à ceux qui cherchent une pause silencieuse, loin du bruit parisien, à 20 minutes de RER. Les familles y trouveront une balade courte mais dépaysante. Les amateurs de jardins y verront un exemple rare de jardin traditionnel japonais public en France.
Un seul regret : le site est petit. 500 m², c'est suffisant pour une heure de visite, pas pour une demi-journée. Si vous venez de loin, prévoyez de compléter votre sortie par une promenade dans le quartier du Fort d'Issy ou par un passage au parc Henri Barbusse, à quelques minutes à pied.
